La vallée de Siguer se détache, à Laramade, de celle de Vicdessos et s’étend jusqu’à la frontière des Pyrénées avec l’Andorre. Elle s’élargit dans sa zone de confluence avec le Vicdessos.
Ancienne vallée glaciaire majeure, elle conserve ses formes caractéristiques, des flancs pentus et des fonds étroits en sa partie sud, avec des cols à des altitudes élevées.
La vallée de Siguer enclavée par ses hautes montagnes, est un lieu de passage, par le passé celui des muletiers, des porteurs, des migrants, des contrebandiers et pendant la dernière guerre celle des passeurs avec leurs candidats à l’évasion. Elle fut aussi le lieu de vie d’une population de bergers, de forestiers et de douaniers.
HISTOIRE ET LÉGENDES
Siguer au Moyen Age
Au VIIIe, la vallée de Siguer fut le théâtre sur le plateau de la Unarde, à 2250 mètres d’altitude, de l’affrontement des soldats francs de Charlemagne avec les armées sarrasines.
Les objets recueillis en ce lieu (un scramasaxe et un grand couteau, ou poignard, et des épées récupérées par des bergers) témoignent de cet épisode historique.
Source : « Note sur les armes franques trouvées au lieu de la Unarde –par C. Barrière-Flavy de la société archéologique du Midi de la France -. – 1894 ».
Dès le début du Xe siècle, la vallée de Siguer est inféodée par les Comtes de Carcassonne au détriment des Comtes de Toulouse. Au XIe siècle se dessine le nouveau Comté de Foix en partage avec celui de Carcassonne avant que ne s’enracine un pouvoir Comtal suzerain, assez puissant et organisé. Cette entité de la vallée subsiste jusqu’au XVIIe siècle.
A partir du XIIe siècle il est possible de rassembler des indices concordants pour proposer une première image du peuplement de la vallée. Progressivement, le village de Siguer s’étend avec les maisons étagées, suivant une forme allongée laissant penser que la rue principale fut l’axe formateur du groupement.
Au Moyen-Age, Siguer, conçu suivant un plan de « village à maisons », n’a pas de fortifications. Les habitants disposaient d’un terroir en bande depuis la vallée jusqu’au plus haut de celle-ci. L’agriculture était essentiellement pratiquée sur terrasses. Le pastoralisme contribuait à l’activité communale dès le Moyen-Âge central.
Depuis cette période, Siguer s’inscrit dans le cadre d’une communauté ancienne et structurée, déjà hiérarchisée.
La vallée possédait forges et moulins, au XVIIe siècle on comptait une forge et six moulins.
(Bibliographie : presses universitaires du Midi – habitats et peuplement dans les Pyrénées au Moyen-Age)
Le 8 Septembre 1278, Roger Bernard III, Comte de Foix, devint le premier coprince français d’Andorre avec le coprince épiscopal Père d’Urtx.
Mais le Comte qui sembla porter le plus d’intérêt à la vallée de Siguer fut Gaston III (appelé Fébus mais aussi Gaston X de Béarn, ou Gaston III d’Andorre, ou encore Gaston III de Marsan).
Ce 12è Comte de Foix fut également Vicomte ou Seigneur d’une dizaine de territoires situés entre Gascogne et pays Languedocien. Fin tacticien et cultivant avec succès le paradoxe d’être en bons termes avec le Roi d’Angleterre (Edouard III), le Roi de France (Jean le Bon) et la Papauté (Benoît XII en Avignon). Il mena à sa guise sa fonction en faisant connaitre ses ambitions.
Communicant habile, il se choisit le surnom de Fébus à partir de 1358, après une croisade en Prusse, un surnom faisant référence au mythe solaire associé au dieu antique Phoebus. « Sources Wikipédia ».
Ayant assis sa domination sur le piémont nord pyrénéen, Fébus, aussi nommé Le Prince des Pyrénées et parfois le Prince Soleil, voulut aussi profiter des terres du Siguer pour deux raisons essentielles.
La première, assez probable mais dont on n’a aucune preuve, fut de s’approprier l’Andorre toute proche puisqu’il en était déjà le coprince, mais il n’obtint pas gain de cause.
La deuxième raison est liée à sa passion pour la chasse. Fin chasseur, il ambitionnait de gonfler son palmarès et pour cela se devait de traquer le gros gibier : l’ours présent dans la vallée et le loup, notamment au lieu-dit « la loubatière ».
Siguer et sa vallée durant les guerres
Le monument aux morts à l’entrée du village et celui dans l’Eglise témoignent des siguérois morts au champ d’honneur.
Durant la seconde guerre mondiale en 1942, les Allemands avaient installé leurs quartiers dans la vallée de Vicdessos : la Kommandantur à Auzat, une garnison à Auzat, une unité à Siguer avec un détachement dans la haute vallée à Gnioure et des patrouilles dans la vallée de Peyregrand. Tous les passages vers l’Andorre étaient sous la surveillance étroite des troupes de montagne «Gebirgsjäger» ou plus précisément des «gardes-frontières» («Grenzschutz»), c’est pourtant par la vallée de Siguer, que nombre de candidats à l’évasion, passèrent par ces chemins de la liberté.
LE PATRIMOINE
La Maison de chasse des Comtes de Foix
Le Maison de chasse des Comtes de Foix, véritable joyaux de l’art rustique, se situe au centre du village.

Ancien rendez-vous de chasse, cette construction, classée au titre des Monuments Historiques par arrêté du 6 avril 1987, devait faire partie d’un ensemble plus important comme semble l’indiquer des éléments de bois sculptés et trouvés à proximité
Les façades intéressantes sont celles de l’Ouest où la porte d’entrée est encadrée par deux poteaux d’huisseries sculptés, surmontés de pilastres ioniques. À gauche de la porte, un pan de bois présente une date peu lisible : 1487, et un blason portant deux vaches superposées ainsi qu’un personnage naïvement représenté. On pense que l’époque de construction fut antérieure, et que la date relevée correspondrait à une restauration.
Les deux étages sont rythmés par une fenêtre à simple traverse et une autre à croisillons. Les poteaux décorés d’entrelacs perlés retombent sur des consoles cannelées.
Sur la façade Sud, les potelets, soutenant les appuis de fenêtre à croisillons, sont ornés de chapiteaux ioniques, de cannelures, de coquilles et d’entrelacs. L’enduit effacé laisse apparaître les décharges en croix Saint-André. La Maison, avec parements en briques toulousaines, s’élève sur un rez-de-chaussée qui aurait servi d’écurie.
Période probable de construction : XIVe siècle, XVe siècle.
Sous l’Ancien Régime, la vallée de Siguer faisait partie de la Chapellerie de Quié, dans laquelle figuraient également les villages de Lercoul et de Gestiès, formant une seule communauté constituée en un « consulat ». Il y avait dans la vallée deux consuls, le premier à Siguer, le second alternativement à Lercoul et à Gestiès.
L'église
Le Val de Siguer, orthographié Segario ou Seguier, est mentionné pour la première fois au XIe siècle en référence à sa chapelle Saint Baudille acquise par la puissante abbaye de Saint Sernin de Toulouse à la suite de la donation d’Arnaud de Quié. Comme dans la plupart des villages, cette chapelle d’architecture romane et construite sans doute au XIIe siècle se situe à l’extérieur de celui-ci et fut bâtie au cœur du cimetière arrondi.
La démographie
L’essor démographique se poursuit durant les siècles avec les hameaux de Seuillac, de Centraux, du Sarradeil et de Canarilles pour atteindre 1397 habitants à la fin du XVIIIe siècle.
Le dénombrement de 1390 à « Seguier » comporte 57 feux, dont 12 appartiennent au Comté de Foix et 45 au Seigneur de ST Paul de Jarrat qui deviendra Seigneur de Siguer en 1401. En 1752 ont été décomptés les personnes : 630 hommes et femmes, 450 enfants et 30 pauvres. En 1793 on recense 1397 habitants dans la vallée. La poussée démographique est donc évidente au regard de la pression de l’activité de la mine de fer. (source : Jean-Jacques et André Grammatica – Petite histoire de Siguer).
En 1975, la population de Siguer atteint son plus bas niveau, il ne restait à Siguer plus que 76 habitants !
L’INDUSTRIALISATION DE LA VALLÉE
Dès le IVe siècle, un gisement de fer est exploité dans la vallée du Vicdessos, ainsi que sur le Lercoul en Siguérois. Le minerai de fer sera extrait de nos montagnes durant 15 siècles environ. Ce sont les mines de Rancié, dont il existerait les statistiques de production depuis le XIIIe siècle.
Une autre activité industrielle importante fut l’exploitation de deux ardoisières, produisant des ardoises de très haute qualité par leur pureté et leur durée de vie (environ 300 ans).
Les ardoisières de Siguer furent exploitées pendant environ un siècle jusqu’en 1947. L’énergie nécessaire à l’exploitation provenait de la force motrice canalisée à partir de la rivière.
L’exploitation forestière servit durant des siècles : pour la mine de Rancié, le charbonnage, le bois de chauffage, les scieries ou celui destiné aux membrures des vaisseaux de la Marine Royale française aux XVIIe et XVIIIe siècles.
A Seuillac, existait une exploitation de ce bois forestier dans un bâtiment appelé « La Machine ». Cette exploitation n’a pas manqué de créer une rivalité territoriale entre les éleveurs et les forestiers, notamment entre 1829 et 1833.
Au XXe siècle, l’hydroélectricité s’est développée dans la vallée avec la construction du barrage de Gnioure, qui a démarré en 1938. ( En savoir plus : Conférence sur la construction du barrage de Gnioure).
Le patrimoine de la vallée
«Il n’y pas de source qui ne soit sacrée »
La présence du fer est à l’origine d’une source ferrugineuse, elle jaillit au lieu-dit «Laprade », près de l’ancienne école du lieu. L’eau de cette source, est minérale et non gazeuse, riche en fer Fe2+ ou Fe3+ , elle s’oxyde en sortant de la montagne et prend la couleur rouille.
A travers les siècles, on attribuait à ces fontaines des pouvoirs mystérieux et magiques. On leur vouait une dimension sacralisée. Gage de porte bonheur, on leur allouait le pouvoir de porter chance, trouver bien-être, amour, bonheur et autres réjouissances. On lui prête aussi la propriété de prévenir (ou guérir) l’alcoolisme.
Cet endroit, lieu d’heureuses rencontres inspira les romanciers en quête de féeries.

La remise en état fut décidée lors du conseil municipal de Siguer sous la présidence du Maire Paul Caujolle le 19 mars 1932.
Sources : «La petite histoire de Siguer » par Jean Jacques et André Grammatica.
L’aménagement tel qu’il est aujourd’hui a été achevé en 1935.
Au Moyen-âge, le monde paysan (97% de la population) pensait que l’eau véhiculait le sang des victimes sacrifiées par de féroces immolateurs (les mineurs épuisés ou morts en effort).
Les poulaillers troglodytes (dit gallinière en occitan) sont une originalité locale. Ils sont aménagés à la sortie du village dans les murets qui bordent la route qui mène à Bouychet.

On peut admirer l’œuvre d’un peintre local dans la salle des fêtes de Siguer. Une fresque murale reproduit la perspective du paysage champêtre de la vallée vers 1930.
Six lavoirs ont été restaurés en 2010 avec le concours du Parc Naturel des Pyrénées Ariégeoises et du CAUE (Conseil d’Architecture, d’Urbanisme et de l’Environnement) de l’Ariège pour préserver le patrimoine naturel et bâti de la vallée.








